Christophe PRUDHOMME est médecin urgentiste au SAMU 93 (Bobigny) depuis 1987.
Porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), membre de la Direction de la Fédération cgt de la Santé et de l'Action Sociale et animateur du Collectif national des médecins de la cgt.

Les billets d'humeur de Christophe

billets du 25 mars au 15 avril

4 mai 2020

Contrôle social ?
Derrière ce qui apparaît pavé de de bonnes intentions peut se cacher le diable. Le dispositif des "brigades sanitaires" interroge, y compris au niveau de la connotation guerrière du terme. En effet si l'objectif, c'est-à-dire le fond, ne pose pas de problème, la forme se situe dans la droite ligne d'une approche autoritaire. Depuis le début de l'épidémie, nous avons mis en avant que le dépistage massif avec un isolement ciblé des sujets infectés et la recherche systématique des cas contacts constituait une bien meilleure stratégie que le confinement généralisé, imposé de manière brutale. Nous sommes bien en face de la poursuite d'une gestion de la crise décidée par le politique pour continuer à masquer son incapacité à fournir à la population des moyens de protection et de dépistage disponibles en quantités suffisantes. A cela s'ajoute le refus d'organiser une production et une distribution de masques, pour laisser le marché et la grande distribution à la manœuvre. Nous constatons là que les règles du marché reprennent leurs droits et que la rareté du produit provoque une inflation des prix.
Mais la question qui se pose est bien de savoir si une stratégie s'appuyant sur une distribution gratuite des masques et une accessibilité large à toute personne qui le souhaite au test de dépistage ne serait pas plus adapté. Comme l'a d'ailleurs souligné le gouvernement en faisant appel au civisme de la population, c'est bien l'adhésion volontaire aux mesures proposées qui est efficace et non pas l'imposition d'injonctions administratives avec menaces de sanction, donc contestables et contestées. Nous sommes confrontés à un traitement directif infantilisant, contre-productif en termes de santé publique.
L'accueil à l'hôtel sur critères sociaux pour protéger les plus faibles et les plus pauvres doit être une priorité. Par contre, l'intrusion de "brigades" au domicile sur la base de fichiers qui ne respectent pas le secret médical est une atteinte aux libertés individuelles inacceptable, y compris dans cette période épidémique; Refusons de basculer vers un contrôle social de la population sous couvert d'une urgence sanitaire car l'histoire nous a prouvé qu'il est ensuite difficile de freiner l'extension de l'atteinte à nos libertés.

 

3 mai 2020

Des médecins

La France manque de médecins. Nous avons toujours dit que cette situation a été sciemment créée pour accélérer les restructurations et les fermetures de services. L'exemple des maternités de proximité est éclairant. Dans un premier temps, l'argument de leur fermeture était la sécurité, puis depuis, quelques années la justification est la pénurie médicale.
Pourtant, il existe des médecins en France qui sont appelés les praticiens à diplôme hors union européenne (PADHUE). Pour les plus chanceux, ils exercent à l'hôpital dans des conditions révélées de manière brutale par le film Hippocrate et qui confinent à de l'esclavage. Mais pour d'autres, il n'existe aucune place et ils restent exclus de tout travail dans le système de santé. Une petite porte transitoire s'est ouverte avec la possibilité d'être employés comme aides-soignants mais uniquement de manière transitoire pendant l'épidémie.
La reconnaissance de leur diplôme constitue un veritable parcours du combattant s'étalant souvent sur de nombreuses années. Sous couvert de vérifications de leurs compétences, ils sont maintenus dans une situation de main d'œuvre à bon marché dans les hôpitaux et les instances représentatives de la profession, notamment le Conseil de l'ordre des médecins, ne veulent pas voir arriver des praticiens qu'ils considèrent comme des concurrents potentiels. Leur logique est simple : tout ce qui est rare est cher, je suis rare donc je suis cher et je peux donc facilement demander des dépassements d'honoraires.
La crise actuelle révèle crûment cette situation. Nous manquons de médecins, il y en a de présents sur le territoire mais le choix a été fait de les laisser végéter dans des tâches subalternes. Il est urgent que dans ce domaine, la politique change et que le bien collectif soit privilégié et non les intérêts catégoriels de quelques uns.

 

Plubication d'Eddie-Laurent Mercoyrol, médecin à l'hôpital de Villefranche-sur-Saone.
Oui, il faut nationaliser l'industrie pharmaceutique. Bientôt les stocks de curares seront réduits à peanuts.
La carence en sédatifs nous impose depuis quelques semaines l'utilisation de camisoles neuroleptiques à leur place...
Alors que peut-on faire avec 24 ampoules de curares par JOUR pour un patient en réa atteint de la Covid ?...
4 cancers de prostate, et 4 cancers de l'utérus, et encore 4 cancers du poumon...par jour.
Je n'avais jamais imaginé qu'un jour, on puisse être conduits à faire ces choix.
J'espère que ce jour ne viendra jamais. Mais maintenant que l'Etat a choisi de réquisitionner, en en centralisant l'achat et la répartition, j'en doute de plus en plus...
Nous avons encore en France quelques usines qui en produisent, à Saint-Priest pour le compte de Mylan ( cisatracurium ) et Livron pour le compte de Haupt Pharma ( celocurine ). Nous avons aussi d'autres usines qui fabriquent des anesthésiques généraux et des antalgiques morphiniques.
On peut compter sur les hommes et les femmes de l'ombre, travaillant dans l'industrie pharmaceutique, plus que sur la clairvoyance de certains politiques: ces usines sont insuffisamment nombreuses et les risques de ruptures d'approvisonnement sont énormes.
Il faut nationaliser Famar, qui pourrait produire plusieurs de ces médicaments sous leur forme générique et qui est en liquidation judiciaire.
Il faut nationaliser Luxfer Gerzat, également en liquidation judiciaire, qui produisait de l'oxygène médical, autre médicament qui pourrait être amené à manquer.

 

2 mai 2020

Audit

Le gouvernement vient de faire appel au cabinet d'audit américain Bain et Company pour je cite " appuyer la mission de développement des capacités de production nationale de tests". Cela signifie que les services du Ministère de la santé et les milliers d'agents des ARS ne sont pas en capacité d'effectuer leurs mission définies par la loi, à savoir assurer le bon fonctionnement de notre système de santé.
Allons-nous voir bientôt les services de l'Etat multiplier les opérations de ce genre comme n'importe quelle grande entreprise ? Si c'est le cas, c'est qu' Emmanuel Macron après nous avoir vendu la "start-up nation" va transformer notre administration en direction d'entreprise sous-traitant l'analyse de ses orientations stratégiques aux cabinets de consulting. Vous savez ces analystes qui n'avaient pas vu venir la crise de 2008. Ce sont les mêmes qui ont conseillé Roselyne Bachelot pour formater sa réforme de l'hôpital autour du concept de l'hôpital entreprise.
La seule réponse du gouvernement aux interrogations sur cette démarche a été le fait que les services de ce cabinet étaient fournis à titre gracieux. Aujourd'hui peut-être, mais demain, ayant mis un pied dans la porte, ils reviendront mais cette fois en imposant leurs tarifs.
Nous assistons là à une véritable opération de privatisation de l'Etat. Ce n'est pas étonnant que ceux qui ont financé la campagne d'Emmanuel Macron demandent maintenant un juste retour sur investissement !
Nous ne voulons pas de ce monde-là et nous n'avons, nous citoyens, pas besoin de cabinet d'audit pour juger de l'action du gouvernement actuel qui poursuit et accélère celle de ses prédécesseurs. Nous pouvons juger sur pièces et constater la casse de l'hôpital public et de la Sécurité sociale au profit des cliniques et des assurances privées. Mais le constat peut être le même pour l'ensemble des services publics et des administrations. La ficelle est un peu grosse : première étape, dégrader le service rendu, puis mettre en place un audit qui en fait le constat et enfin sortir de la boîte ses propositions de réforme en faveur du secteur privé.
Il y a d'autres solutions, notamment la réquisition des entreprises indispensables pour produire et fabriquer les masques et les tests dont nous avons besoin pour organiser un déconfinement en toute sécurité pour la santé de la population.

 

1er mai 2020

Travailleur.euse

Avant la presse, oubliant l'histoire, désignait le 1er mai comme la Fête du travail alors qu'il s'agit de la Journée internationale des travailleur.euse.s. Pour certains, l'idée qu'il pouvait s'agir d'un gros mot pointait ses oreilles. Mais c'est un joli mot travailleur.euse. D'ailleurs je suis fier d'être un travailleur de la santé en tant que médecin. Le terme salarié.e nous réduit à la rémunération du travail, alors que notre travail ne se limite pas à cela. Nos activités, qu'elles soient rémunérées ou non, participent au fait que nous puissions vivre ensemble en société car le modèle ne peut être l'autarcie de l'ermite.
La crise due au coronavirus semble avoir fait découvrir à certains - au moins dans les discours - qu'un certain nombre de travailleur.euse.s qui constituaient pour eux des coûts avec des charges qu'il fallait réduire, leur étaient indispensables au quotidien. Cela met en lumière ce qu'est la valeur du travail. Certaines tâches sont plus utiles que d'autres, il faut donc d'elles retrouvent leur vraie valeur dans notre société. Qui dit valeur renvoie à une hiérarchie. Alors qui est plus utile dans la période ? Le banquier spécialiste de l'évasion fiscale ou bien la caissière de supermarché, l'infirmière ou le consultant missionné pour restructurer l'hôpital. Aujourd'hui la réponse semble claire et il ne faudra pas l'oublier.
A l'hôpital, dans les EHPAD, dans les établissements accueillant des handicapés et plus généralement dans tout le secteur médicosocial, nous avons besoin de travailleur.euse.s qualifiées car l'essentiel de l'activité repose sur le travail de femmes et d'hommes qui doivent s'occuper d'autres femmes et d'autres hommes qui ont besoin d'eux.
Pour ce 1er mai, encore plus que les autres années, nous manifestons pour réclamer des effectifs supplémentaires pour et de meilleurs salaires pour pouvoir mieux travailler, donc pouvoir mieux vivre.

 

30 avril 2020

Médicaments

Depuis plusieurs années, l'industrie pharmaceutique est montrée du doigt du fait des pénuries de médicaments de plus en plus nombreuses. Alors que les vaccins constituent un des plus importants progrès en termes de santé publique, les laboratoires n'ont rien fait pour développer des produits plus sûrs, notamment en éliminant l'aluminium, adjuvant mis en cause dans le développement de certains effets secondaires. La principale innovation en termes de traitement de la période récente est le traitement permettant de guérir de l'hépatite C, mais le médicament n'a pas pu été mis à disposition de l'ensemble des patients du fait du prix exorbitant exigé par les laboratoires. Les dépenses de marketing des laboratoires sont supérieures à celles consacrées à la recherche.
L'essentiel de la presse médicale dépend des publicités de l'industrie pharmaceutique. Une bonne partie des études menées par les médecins dépendent de financements des laboratoires et présentent peu d'intérêt en termes de priorités de santé publique. Elles ne visent le plus souvent qu'à mettre sur le marché le plus rapidement possible un nouveau médicament qui remplacera un ancien dont le prix est trop bas pour générer des marges suffisantes. Nouveau médicament qui souvent n'a pas fait preuve de sa supériorité par rapport à l'ancien mais qu'un lobbying forcé, par presse grand public interposée, présente comme une innovation dont il faut faire profiter le plus rapidement possible les patients. Presse beaucoup moins prolixe quand ce médicament est retiré du marché quelques années plus tard, car finalement ses effets secondaires s'avèrent plus importants que prévu. Mais ce n'est pas grave, car même pendant un temps réduit de commercialisation les profits ont été au rendez-vous C'est la raison principale de mon refus de participer à une bonne partie des protocoles mis en place dans mon service car je considère qu'ils ne sont pas dans l'intérêt des patients et je n'accepte pas de les utiliser comme cobayes. Enfin, cerise sur le gâteau j'apprends ces derniers jours que le champion français de la pharmacie, SANOFI qui est la première capitalisation boursière du CAC 40, va verser cette année 4,5 milliards de dividendes à ses actionnaires, soit l'équivalent de son budget annuel de recherche et développement.
Il existe ici un vrai problème politique. Est-il normal de faire appel à la charité publique, avec notamment de grands shows médiatiques soutenus par des artistes, pour financer la recherche ? La réponse est clairement non. Quelle doit être alors la décision politique qui s'impose ? Dans un premier temps mettre en place un impôt spécial dissuasif sur le versement de ces dividendes et dans un deuxième temps instaurer une maîtrise publique des activités de recherche et de production des médicaments. Médicaments qui doivent devenir des biens publics universels échappant au domaine marchand.

 

29 avril 2020

Des bras !

E. Philippe nous a annoncé une nouvelle stratégie de dépistage qui correspond en partie à ce que nous demandons depuis des semaines, à savoir un dépistage massif et un isolement ciblé des personnes contaminées et de leurs contacts.
Mais un problème majeur demeure, celui des moyens. Il nous est promis 700 000 tests pour le 11 mai, cependant face aux promesses non tenues jusqu'à présent, nos restons sceptiques. D'une part, rien n'a été dit sur l'organisation de la production de ces tests et des capacités des entreprises françaises dans ce domaine. Par ailleurs, d'un côté il est fait appel au civisme mais de l'autre il ne sera toujours pas possible de se faire dépister à la demande du fait d'une disponibilité des tests qui restera réduite !
Il nous a également annoncé la mise en place de "brigades" chargées d'organiser ce dépistage. Qui fera partie de ces brigades ? Là encore un grand flou avec un appel à la mobilisation des médecins de ville, de personnels hospitaliers, d'agents municipaux et toujours et encore de bénévoles des associations. Cela ne semble pas très sérieux. Nous demandons depuis des mois un plan massif de créations d'emplois dans les hôpitaux, les EHPAD et les structures médico-sociales. Il ne manque pas de chômeurs qu'il est possible de recruter et de former rapidement aux tâches simples avec un encadrement adapté. Ils pourront constituer par ailleurs un vivier de futurs agents qualifiés si un plan de formation par promotion professionnelle leur est proposé. Par ailleurs, les promotions d'étudiants des écoles paramédicales arrivant en fin de cursus pourraient bénéficier de pré-embauches pour venir renforcer dès le mois de mai les équipes soignantes. Alors que les hôpitaux doivent maintenant continuer à s'occuper des patients atteints par le virus et de l'activité classique qui redémarre, ils sont en sous-effectifs. Situation par ailleurs aggravée par les personnels en arrêt de maladie. Notre revendication d'un grand plan d'emploi-formation prend toute sa force aujourd'hui. Nous aurions aimé que les mesures annoncées pour le déconfinement intègrent cet aspect. Dans les hôpitaux nous manifesterons le 1er mai avec des banderoles accrochées à nos grilles. Faites-en de même en réclamant des embauches pour les hôpitaux et les EHPAD.

 

28 avril 2020

Chair à canon

Tout le monde se félicite de la mobilisation des personnels de santé qui se sont donnés sans compter dans les hôpitaux et les EHPAD pour accueillir les malades du COVID-19 et assurer la continuité du fonctionnement des établissements.
Malgré l'absence d'équipements de protection, nous avons continué à travailler. C'est dans notre ADN, il n'est pas question de laisser les patients sans soins ou de laisser les collègues en sous-effectifs. Alors de la même manière que nous continuons à travailler quand nous sommes en grève, nous continuons à travailler lors de cette épidémie malgré les dangers auxquels nous sommes exposés. Dès le début de l'épidémie, nous nous sommes inquiétés de connaître le niveau de contamination parmi les soignants. Mais nous nous sommes retrouvés face à un mur. Si quelques chiffres nous sont chichement donnés établissement par établissement, aucun recensement national n'est encore à ce jour disponible malgré les demandes réitérés des syndicats.
Ici il ne s'agit pas d'une question de pénurie mais d'un choix politique délibéré de cacher les données pour ne pas se retrouver en manque de personnel du fait de l'éviction pour positivité d'un nombre trop important de soignants. Quel cynisme !
Nous comprenons alors mieux le terme de "guerre" employé par E. Macron. Comme à la guerre, les "grands généraux" planqués à l'arrière envoient en première ligne sans protection ce qui'l faut bien désigner comme de la "chair à canon".
Au fil des jours, le nombre de collègues décédés augmente et va continuer à augmenter. Si nous sommes volontaires pour travailler, nous n'acceptons pas de le faire dans n'importe quelle conditions. Nous exigeons de connaître les chiffres de la réalité de la situation. Nous exigeons une stratégie nationale claire de dépistage et d'éviction des personnels infectés.

 

27 avril 2020

Réforme...

Depuis quelques jours fleurissent des tribunes et des expressions diverses concernant l'avenir de l'hôpital et plus globalement du système de santé. Face à une situation dégradée, le consensus est facile à obtenir pour exiger une réforme. Mais attention, le changement peut prendre des directions opposées. Or une bonne partie de ceux qui parlent aujourd'hui poussent à accélérer les évolutions libérales contre lesquelles nous nous battons depuis des années. Alors que face à l'autoritarisme administratif, nous proposons plus de démocratie, les libéraux nous parlent d'agilité, d'autonomie avec la fin du statut public ou encore de levée de fonds privés. Alors que nous revendiquons une reconnaissance des qualifications et des augmentations de salaires, ils exigent la fin du "carcan" du statut de la fonction publique hospitalière.
Il s'agit bien là de la volonté de profiter de la crise pour accélérer la bascule du système de santé vers le secteur marchand avec la logique de l'hôpital entreprise. Il ne faut pas s'en étonner car les libéraux agissent dans le cadre d'une stratégie de long terme parfaitement théorisée et organisée : dans un premier temps, il s'agit de dégrader la qualité des services publics pour rendre évident la nécessité de réformes qu'ils ont soigneusement préparées et qu'ils sortent de leur chapeau au moment opportun pour les imposer comme la seule solution viable, sans autre alternative possible.
Il s'agit aujourd'hui de ne pas le laisser faire. Pour cela, il ne faut pas attendre pour mettre en débat et avancer nos propositions de réforme. Attendre les mauvais coups, c'est avoir déjà perdu. Il nous faut dès maintenant proposer et donner du contenu à un grand service public de la santé financé par une Sécurité sociale disposant des ressources nécessaires. Qui dit grand service public, veut dire notamment la fin des cliniques et des EHPAD à statut privé à but lucratif. Ce ne serait que justice au regard de l'incurie des gestionnaires des EHPAD lors de l'épidémie. En ce qui concerne la Sécurité sociale, exigeons la fin des pseudo-déficits qui sont sciemment créés en diminuant ses ressources pour imposer des plans d'économie. Le niveau des cotisations doit être adapté d'une année sur l'autre pour obtenir un équilibre des comptes.
L'avenir sera à nous si nous savons nous donner les moyens de le construire sur les valeurs du service public et de la solidarité.

 

26 avril 2020

Sanctions ?

Dès le début de l'épidémie, l'administration, pour se dédouaner, tente dans certains établissements de mettre la responsabilité de la contamination des patients sur le dos des soignants.
Nous avons donc vu se multiplier les menaces et les sanctions. Sanctions comme à Toulouse dans un EHPAD où deux infirmier.e.s ont été mis à pied pour avoir osé réclamer des masques. Hier nous apprenons qu'à l'hôpital de Périgueux une enquête de l'ARS met en cause le personnel dans le développement d'un foyer épidémique dans l'établissement. il est évoqué le "non-respect des mesures barrières". Mais de qui se moque-t-on ? De par la loi, les ARS sont responsables du bon fonctionnement du système de santé, ce qui implique la mise à disposition des matériels nécessaires à cette mission, notamment les équipements de protection individuelle. Or les ARS ont été plus que défaillantes à ce niveau. Ce sont donc leurs responsables qu'il faut sanctionner et non les lampistes sur le terrain qui ont été exposés sans protection au virus et dont certains en sont morts et vont encore en mourir.
Nous en avons assez de cette administration sanitaire qui ne sert que de relais aux gouvernements pour nous imposer depuis des années des restrictions budgétaires et des restructurations avec des fermetures de lits. Dès leur mise en place, nous avons contesté ces agences dirigées par des directeurs généraux tout puissants, véritables préfets sanitaires, nommés directement par le Premier Ministre. Leur caractéristique est le manque totale de démocratie avec des instances dans lesquelles les élus locaux et les représentants syndicaux sont méprisés. A cela s'ajoute, les statuts précaires de nombreux employés qui, ne bénéficiant plus du statut de fonctionnaire avec sa garantie d'indépendance dans l'exercice de ses fonctions, sont soumis à des pressions constantes pour appliquer des mesures auxquelles bien souvent ils n'adhèrent pas.
Face à cette situation, le limogeage du directeur général de l'ARS de la région Grand-Est ne suffit pas. C'est l'ensemble de l'administration sanitaire qu'il faut réformer pour qu'elle retrouve sa mission première qui est de veiller à ce que toute la population ait accès à un système de santé alliant proximité et qualité. Il est indispensable par ailleurs qu'elle soit soumise à un contrôle démocratique dans les départements et les régions.

 

25 avril 2020

Conseil d'État et pénurie

Des associations ont déposé une requête au Conseil d'Etat ayant pour objet « d'enjoindre au Premier ministre et au ministre des Solidarités et de la Santé de prendre les mesures réglementaires propres à assurer le dépistage systématique et régulier des résidents, personnels et intervenants au sein de tous les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), y compris lorsqu'ils sont asymptomatiques, et prendre les mesures propres à affecter prioritairement à leur dépistage le matériel nécessaire ».
Voici la réponse de cette institution : il est « matériellement impossible de soumettre, à bref délai, l'ensemble des personnels et résidents des EHPAD » à un dépistage systématique. Donc cette instance qui a pour rôle celui de juge administratif explique clairement qu'il n'est pas possible d'appliquer les préconisations énoncées par le ministre de la santé lui-même faute de moyens ! C'est la validation de ce que nous disons depuis des semaines, la gestion de la crise n'est pas fondée par des arguments de santé publique mais est motivée par la pénurie de moyens, notamment de tests de dépistage. Donc tant pis pour les EHPAD et leurs résidents. Quel cynisme !
Il faudrait rappeler à ces juges qu'il suffit de franchir le Rhin ou encore d'aller à Marseille pour pouvoir disposer de cette liberté et de ce droit de pouvoir être testé.
Il faudrait aussi leur rappeler qu'en situation de crise, la perte de confiance de la population dans ses dirigeants et dans les institutions est le le pire de ce qui peut arriver dans une démocratie. Car après les "experts" qui ont expliqué tout et son contraire concernant l'utilisation des masques, voici maintenant qu'une des plus hautes juridiction de l'Etat prend une décision tendant à dédouaner ce dernier de ses responsabilités, au détriment du droit des citoyens de disposer des moyens de protéger leur santé.
Voilà aussi un domaine où il va falloir envisager des changements.

 

24 avril 2020

Tristesse

Notre collègue, ami et camarade, Éric Loupiac, médecin urgentiste à l’hôpital de Lons-le-Saulnier a succombé hier à cette saloperie de virus, après une longue hospitalisation en réanimation. Ancien médecin militaire, tu es devenu le délégué de l’Association des médecins urgentistes de France pour le Jura, et tu as été la cheville ouvrière de la lutte pour le maintien de la deuxième équipe de SMUR dans ton établissement.
Que de joyeux souvenirs avec ces rassemblements mêlant personnels hospitaliers, gilets jaunes, citoyens, élus locaux et même les motards en colère ! Tu n’étais pas le plus grand en taille dans l’équipe syndicale mais quand tu prenais le micro, tes arguments portés par une juste colère sonnaient juste et emportaient l’adhésion.
Au cours de cette lutte tu as rejoint la CGT et les camarades étaient fiers de toi, le médecin qui n’avait peur de rien et qui était toujours le premier pour aller au combat.
Au début de l’épidémie, tu t’étais élevé contre le manque de moyens de protection. C’est à ce moment que tu as été contaminé. Au début, tu te voulais rassurant, puis quelques jours après la maladie s’est aggravée. Il y a eu des hauts et des bas, angoisse et espoir…puis la virus a été le plus fort.
Tu nous as quitté. Tu laisses une épouse et des enfants effondrés. Sache que nous ferons tout pour leur apporter notre soutien.
Et puis le maintien du SMUR 2 comme vous l’appeliez n’est pas acquise, car malgré la crise les plans de restructuration-destruction de l’hôpital public continuent. Hôpital public à l’avenir duquel tu étais si attaché. Nous allons continuer le combat en ton nom et pour toi.
Adieu mon ami, adieu mon camarade.

 

23 avril 2020

Des lits

Alors que la première vague commence à refluer, l'urgence est de reprendre l'activité normale dans nos services afin d'accueillir les patients qui ont vu leur prise en charge reportée du fait de l'épidémie.
Oui, mais à l'instar du directeur général de l'ARS du Grand-Est qui a énoncé clairement que rien n'avait changé au niveau des opérations de restructurations hospitalières et de plans de retour à l'équilibre, la plupart des directions hospitalières n'ont pas changé d'objectifs. La crise semble être pour eux une simple parenthèse qu'il va falloir refermer sans que soient remise en cause la politique poursuivie depuis 20 ans de diminution du nombre de lits, de fermetures de services et d'hôpitaux.
Nos collègues des hôpitaux psychiatriques, comme celui du Vinatier à Lyon, en font brutalement l'expérience ces jours-ci. Les services fermés ou transformés en structures d'accueil pour les patients atteints par la maladie COVID-19 ne retrouveront pas leur mission d'origine et les capacités d'accueil de l'établissement vont s'en trouver amputées.
Heureusement, en lutte avant la crise, ils ne baissent pas les bras et malgré le confinement, ils ont manifesté ces derniers jours dans l'enceinte de l'hôpital pour exprimer leur refus du retour au "monde d'avant".
Depuis des années, nous protestons contre le défaut de moyens du secteur psychiatrique et la crise actuelle va encore augmenter les besoins, Les urgentistes le dénoncent crûment : faute de prise en charge, une bonne partie des patients présentant des troubles psychiatriques sont abandonnés dans la rue ou en prison. Le plan d'urgence pour la psychiatrie est encore plus d'actualité aujourd'hui qu'hier.
La psychiatrie n'est pas le seul secteur touché. Les arguments avancés sont toujours les mêmes : faute de personnels, il n'est pas possible de rouvrir tous les lits. Nous connaissons la chanson: les services fermés soi-disant temporairement le restent trop souvent définitivement.
C'est la raison pour laquelle,nous demandons un véritable plan d'urgence d'embauche et de formation de personnels, toutes catégories confondues; En ce qui concerne les médecins dont la pénurie est souvent l'argument pour fermer des structures, il existe deux solutions immédiates au-delà de l'augmentation du nombre de médecins en formation dont les effets sont à objectif de 10 ans : une régulation de l'installation des médecins tant en ville qu'à l'hôpital pour une meilleure répartition sur le territoire et l'appel à des médecins étrangers dans le cadre d'un appel d'offre international auquel certains pays dont Cuba sont capables de répondre.

 

22 avril 2020

Hôtels

L'inventivité des gens qui nous gouvernent est sans limite pour masquer la pénurie de moyens et vendre des solutions dites "innovantes".
La proposition de loger les personnes positives au coronavirus à leur sortie de l'hôpital fait partie de ces mesures. Regardons quel est l'objectif : éviter un retour à domicile précoce de personnes qui seraient encore contagieuses.
Deux questions se posent alors. Sachant que les personnes sont contagieuses avant même l'apparition des premiers signes, on en revient au problème de la réalisation massive de tests chez les individus ayant été en contact avec une personne atteinte. Oui, mais il n'y a pas assez de tests ! Donc, cette mesure ne permet pas d'être efficace pour éviter la propagation de l'épidémie, notamment au sein des familles. L'autre argument annoncé serait de libérer des lits pour soulager l'hôpital. Alors, là les bras m'en tombent car cet argument je le connais bien. C'est celui qui nous est servi depuis des années pour fermer massivement des lits sous couvert du soi-disant tout ambulatoire. Mais comme il est difficile de mettre les patients à la rue, surtout quand ils habitent loin ou que leur logement est inadapté, nous avons vu fleurir ces dernières années les projets "d'hôtels hospitaliers" construits en face de l'hôpital par le même groupe Accor qui est sollicité aujourd'hui.
C'est d'ailleurs ce qu'a imposé Martin Hirsch, le directeur général de l'AP-HP, avec son projet de nouvel hôpital au nord de Paris qui prévoit la fermeture de deux hôpitaux se traduisant par la suppression de 400 lits et de plus de 1 000 emplois. Mais pour régler le problème, il nous a vendu un hôtel hospitalier ! Ce monsieur que certains médias complaisants présentent comme le "commandant du navire qui a piloté avec succès le bateau au cœur de la tempête", ne poursuit en fait avec ce programme que son opération de destruction de l'hôpital public.
Par ailleurs dans cette opération, même si le groupe hôtelier s'en défend, elle lui permet de reprendre son activité, même si cela se fait à prix coûtant. Prix coûtant pour lui mais pas pour les finances publiques et les budgets hospitaliers !
Par ailleurs, les hôtels auraient été bien utiles dès le début de l'épidémie pour accueillir les populations les plus précaires, sans domicile ou hébergés dans les logements surpeuplés et parfois insalubres. Cela aurait permis par exemple d'éviter, comme dans mon département en Seine-Saint-Denis, qu'après la détection d'un cas dans une famille, nous nous retrouvions à hospitalier quelques jours plus tard plusieurs membres de cette famille.
Alors, assez de mensonges et de mesures gadgets. Ce dont nous avons besoin, c'est d'embaucher du personnel dans les hôpitaux pour rouvrir les lits dont nous avons besoin aujourd'hui et dont nous aurons encore besoin demain.

 

21 avril 2020

Isolement

Nous avons de plus en plus d'appels au SAMU de personnes qui se présentent initialement comme des malades atteints de la maladie COVID-19 mais qui en fait souffrent de crises d'angoisse majeures. L'expression peut parfois être sévère avec un blocage de la respiration, une peur de la mort et une grande agitation. Dans de très nombreux cas, ces personnes vivent seules, sont isolées avec très peu, voire aucun contact extérieur. Il est difficile pour nous au téléphone de les rassurer car pour beaucoup, ce que nous appelons la somatisation, c'est-à-dire l'expression par des signes physiques d'une détresse psychologique, n'est dans un premier temps pas acceptable.
Il est nécessaire de passer souvent beaucoup de temps à discuter pour essayer de déloquer la situation - et oui la bonne médecine, c'et aussi avoir du temps, ce dont nous manquons trop souvent pour nos patients. Il est parfois utile d'organiser le passage d'une équipe de secouristes ou d'ambulanciers pour vérifier ce qu'on appelle la saturation en oxygène avec un petit appareil posé au bout d'un doigt. Cette simple visite constitue une bouffée d'oxygène salvatrice pour beaucoup.
Cela nous montre bien que dans nos grandes villes, trop de personnes vivent recluses sans aucun contact, alors que des dizaines de personnes vivent à quelques mètres mais restent des inconnues. Cette crise souligne ce manque de relation au quotidien dans les immeubles et les quartiers. Les fêtes des voisins ne suffisent pas à recréer le lien social perdu dans notre société où l'individualisme a trop souvent pris le pas sur le collectif.
La bonne santé ne se résume donc pas à un bon fonctionnement de la mécanique corporelle. Les relations sociales sont indispensables pour ne pas dépérir. C'est ce qui a été fortement exprimé par nos collègues dans les EHPAD pour rétablir les visites des proches. Pour les personnes âgées, nous parlons de "syndrome de glissement", terme technique pour désigner la perte du goût à la vie.
Il y a quelques jours, je vous incitais à accompagner vos applaudissements par l'affichage de banderoles à vos fenêtres, vos grilles et vos balcons. Aujourd'hui, les soignants vous demandent aussi de vous préoccuper de vos voisins, en particulier ceux qui vivent seuls. Le vivre ensemble et la solidarité sont des éléments essentiels de la bonne santé individuelle mais aussi de la "bonne santé" de notre société.

 

20 avril 2020

Méfiance

Le premier ministre et le ministre de la santé ont voulu comme ils le disent faire oeuvre de pédagogie hier soir. Une fois de plus, la stratégie proposée pour la levée du confinement est imposée par la pénurie des outils essentiels dont nous avons besoin pour gérer cette épidémie. Nous le répétons et l'exemple de certains pays étrangers est là pour le confirmer, les masques et les tests nous ont manqué et continuent à nous manquer. En effet, il est évident que pour détecter et confiner de manière stricte et sélective, il faut que tout un chacun puisse être testé au moindre doute et pas seulement en cas de symptômes. Isolement sélectif veut dire absence de contact rapproché, y compris dans le milieu familial et pour ceux qui vivent seuls, par exemple le portage des repas pour éviter les sorties.
Concernant les masques, la multiplication des initiatives de bonne volonté pour bricoler des masques en tissu est une solution au rabais. Bien entendu, les masques n'assurent pas une protection absolue, mais il est clair qu'un masque en tissu de fabrication artisanale, sans aucun contrôle de qualité, est moins efficace qu'un masque chirurgical.
Une fois de plus, ceux qui nous gouvernent ne nous ont pas présenté une stratégie validée par des données de santé publique mais bien des mesures motivées par leur incapacité à nous fournir les moyens nécessaires pour que la reprise d'activité puisse se faire en minimisant au maximum les risques.
Eviter de nouvelles contaminations doit rester la priorité car notre système hospitalier est au bout du rouleau et ne pourra pas encaisser une deuxième vague. Cela ne peut se faire en maintenant un confinement total de la population dont l'efficacité est certaine, mais qui a été motivé au début de l'épidémie uniquement par le fait que nous étions incapables de détecter les premières personnes contaminées pour les isoler elles et elles seules.
De fait les explications confuses et incomplètes de ces deux ministres n'inspirent pas confiance. Confiance qui est absolument nécessaire pour que le citoyens qui sont appelés à la responsabilité pour le déconfinement, puissent adopter un comportement adapté, réfléchi et librement consenti.
Les soignants savent que la relation de confiance avec le patient est un élément essentiel de sa prise en charge et de la réussite des traitements. Comment croire que le malade continuera à prendre des médicaments qui ont tous des effets secondaires s'il n'a pas reçu des explications convaincantes sur le rapport bénéfice-risque favorable et sur la possibilité de trouver une autre solution en cas d'effets indésirables néfastes.
Alors, messieurs les ministres, arrêtez de nous mener en bateau, jouez cartes sur table, reconnaissez vos erreurs et vos limites.
Un petit merci quand même après ces critiques : merci pour les résidents en EHPAD qui vont enfin pouvoir recevoir de nouveau des visites !

 

19 avril 2020

S'exprimer

Aujourd'hui dimanche, c'est jour de repos aussi pour moi. Alors, je vais consacrer mon billet à ceux qui utilisent la période de repos forcé dû au confinement et les réseaux sociaux pour s'exprimer de manière diverse et variée. Du sérieux et du moins sérieux, mais surtout et cela fait plaisir, une parole qui se libère pour garder le contact avec les autres. L'Homme ne peut se passer d'interactions sociales et c'est un bon signe. Chacun se rend compte qu'il ne peut vivre seul dans sa bulle et que l'individualisme, valeur cardinale des libéraux qui nous gouvernent, a ses limites.
Tous ces modes d'expression, c'est remettre du collectif. Du collectif qui montre que chacun dépend des autres. Et puis que du collectif au politique, il n'y a qu'un pas.
Alors, toutes ces idées qui foisonnent par écrit, en vidéo ou en chanson, il faudra continuer à les faire vivre pour que nous les citoyens reprenions le pouvoir. C'est indispensable car la crise a montré que la délégation de pouvoir dans le cadre de ce que nous appelons une démocratie parlementaire a ses limites.
Il ne peut y avoir d'un côté les "experts" et de l'autre ceux qui doivent les écouter pour qu'on leur explique, car ils ne seraient pas capables de comprendre et d'avoir une opinion propre. Alors il va falloir continuer à ce que la parole de tous soit prise en compte pour que les choix politiques essentiels, notamment en ce qui concerne l'avenir de notre système de santé, soient maîtrisés par les meilleurs experts que sont les citoyens.

 

18 avril 2020

Des embauches

Si l'activité en réanimation reste élevée, celle du SAMU et des urgences a heureusement diminué, même si elle reste à un niveau élevé, avec des patients présentant des pathologies graves.
La mobilisation du personnel qui n'a pas compté ses heures supplémentaires a permis que le système ne craque pas aux moments les plus difficiles de la crise, mais il n'est pas question que nous revenions dans les semaines qui viennent à la situation antérieure de sous-effectifs et de tension permanente.
En effet, ce serait accepter ce contre quoi nous nous mobilisons depuis un an maintenant. Je rappelle que notre première revendication, avant celle de l'augmentation des salaires, est l'embauche de personnels supplémentaires. Voici les chiffres : 100 000 emplois pour l'hôpital et 200 000 dans les EHPAD (300 000 si on inclut l'aide à domicile).
Sur le premier point, nous n'avons obtenu qu'une prime, ce qui est notoirement insuffisant, il n'est donc pas question de lâcher l'affaire et il faut remettre sur la table le chiffrage en nombre de postes nécessaires, service par service, que nous avons inscrit dans nos cahiers de doléances publiés ces derniers mois.
Nous sommes virtuellement encore en grève. Il ne faut pas que le gouvernement l'oublie. Nous exigeons un plan de formation et de recrutement immédiat pour l'hôpital public et les EHPAD. Nous faisons appel à la population pour qu'elle soutienne cette revendication, hôpital par hôpital, ville par ville, en accrochant des banderoles aux fenêtres avec ce slogan '" Des emplois pour l'hôpital et les EHPAD".
Ces emplois sont d'autant plus nécessaires que nous ne savons pas ce que les mois à venir nous réservent. SI l'épidémie repart ou revient dans les années à venir, ce qui est fort probable, il faudra cette fois être prêt pour l'affronter, tant au niveau du nombre de personnels, que de lits de réanimation ou encore de matériel de protection ou de médicaments.
Monsieur le président pour gagner une "guerre", il faut savoir préparer ses "troupes" et ses "armes" !

 

17 avril 2020

Banderoles

Chaque soir les applaudissements à destination des personnels hospitaliers retentissent aux fenêtres. Nous avons été nombreux à adresser nos remerciements, mais à demander aussi à ce que s'exprime plus explicitement un soutien à nos revendications par l'accrochage de banderoles.
Revendications que nous avons également afficher sur les grilles de nos hôpitaux depuis plusieurs mois. L'intersyndicale élargie aux collectifs et associations a même sollicité ce mode d'action pour la journée mondiale de la santé du 7 avril dernier, devant l'impossibilité de manifester publiquement dans la rue.
Depuis quelques jours nous sommes alertés sur des interventions de la police nationale et de polices municipales au domicile des personnes qui ont suivi notre mot d'ordre, leur sommant de décrocher les banderoles au motif du délit d'affichage sauvage.
La multiplicité des messages montrent qu'il ne s'agit pas de dérapages localisés, mais que ces actions procèdent de consignes très précises données aux policiers. Cela démontre bien la dérive autoritaire du gouvernement qui, après avoir réprimé violemment les manifestations des hospitaliers veut maintenant empêcher l'expression de la solidarité de la population quand les slogans ne lui plaisent pas.
Mais dans quel pays vivons-nous ? Le gouvernement est prompt à dénoncer les atteintes à la démocratie dans certains pays alors qu'il organise en France une limitation de nos libertés et utilise le fameux état d'urgence sanitaire pour étouffer toute contestation.
Nous demandons à tous les citoyens de ne pas céder aux pressions et de continuer à nous soutenir de manière active et visible sur leurs fenêtres et leurs balcons.

 

16 avril 2020

Prime ?

Ce gouvernement persiste dans son attitude de mépris des personnels hospitaliers. Il nous refait le coup de la prime comme l'an dernier lors du mouvement des personnels des urgences.
Nous lui avions clairement signifié à l'époque que nous ne voulions pas de primes mais des augmentations de salaires et une revalorisation des grilles des carrières. A l'époque les propositions de madame Buzyn avaient entraîné un élargissement du mouvement qui s'est ensuite généralisé à l'ensemble de l'hôpital.
Bien sûr, au regard de la faiblesse des salaires des personnels hospitaliers, une prime ponctuelle est toujours bonne à prendre et permettra à beaucoup de payer des factures en retard ou de réaliser des achats prévus et repoussés faute de moyens.
Mais nous répétons aussi qu'il ne faut pas s'étonner si avant la crise près de 600 postes d'infirmier.e.s étaient vacants à l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris. En effet, face à la pénibilité et à la faiblesse des salaires, les candidat.e.s à l'embauche ce faisaient rares et ne compensaient pas les démissions. Résultat 400 lits fermés !
Pour les aides-soignant.e.s, la situation est encore plus catastrophique avec une chute l'an dernier de 40 % des inscriptions à l'entrée des écoles et des postes non pourvus, notamment dans les EHPAD.
Un chiffre à lui seul met crûment en lumière cette situation : le salaire des infirmier.e.s français.e.s se situe au 28e rang sur 32 au sein des pays de l'OCDE.
Nous ne voulons pas d'une aumône pour nous remercier de notre engagement, mais d'une véritable reconnaissance de nos qualifications et compétences. Cela passe par une augmentation visible sur la fiche de paye, non pas seulement au mois de mai mais pour tous les mois de l'année.
Mais dans quel pays sommes -nous ? Celui de la charité pour fournir du matériel aux hôpitaux et de la gratification exceptionnelle accordée au petit personnel pour le remercier de s'être bien comporté dans une période difficile ?
Il faut que le gouvernement se rappelle qu'aujourd'hui encore nos préavis de grève qui courent depuis un an non pas été levés, que cette persistance dans la non-prise en compte des revendications des hospitaliers renforce leur colère. Colère froide et déterminée car ce que nous voulons ce ne sont pas seulement des applaudissements mais des moyens pour embaucher, augmenter les salaires et stopper les plans de "restructuration" qui se traduisent par des fermetures de lits, de services et d'hôpitaux.

billets du 25 mars au 15 avril